Les National games se préparent à Onex

Les jeux olympiques pour les personnes en situation de handicap mental existent depuis les années 90. Les prochains au niveau mondial auront lieu en 2019 à Abu Dhabi. A chaque fois, l'année précédant cette manifestation, des jeux nationaux sont organisés en Suisse par la Fondation Special Olympics Switzerland. Cette année c'est Genève qui a le bonheur d'accueillir ces jeux qui se dérouleront du 24 au 27 mai, comprenant treize disciplines sportives sur six sites différents (http://www.ge2018.ch). En organisant ces "National Games", manifestation regroupant près de 1800 athlètes, Genève démontre sa volonté d'intégration pour les personnes en situation de handicap mental.

A Onex, on prépare les « National Games »

Parmi les disciplines retenues, figure l'équitation dont les épreuves se dérouleront sur la Plaine de Plainpalais, à proximité du Village Olympique. L’équitation est un sport très exigeant d’un point de vue technique et l'on imagine sans peine l'énorme investissement de ces athlètes en situation de handicap mental et celui des professionnels et des bénévoles qui les encadrent et les préparent.

L’équitation des Special Olympics comporte différentes disciplines comme le trail et le dressage. A noter que, pour les épreuves équestres organisées lors de ces « National Games », le cavalier et le cheval ne se connaissent pas avant la compétition, ce qui rend l'exercice encore plus difficile, chaque tandem devant faire preuve de beaucoup d’adaptabilité.

Une préparation de longue haleine

Depuis plusieurs mois, grâce à l'engagement de la Fondation Cap Loisirs, un travail intense a lieu au manège d'Onex pour la préparation de deux de nos athlètes, Clara et Ruben, qui participeront aux épreuves d'équitation de ces National Games. Avec l'appui de Marie Guichard, écuyère responsable du manège d'Onex, c'est Anne Martinelli, éducatrice spécialisée et thérapeute ASTAC, qui s'occupe de l'entrainement de Clara et de Ruben. Parallèlement au cours d’équitation qu’ils continuent à suivre, nos deux athlètes se retrouvent au manège d’Onex chaque vendredi, depuis de longs mois, pour préparer inlassablement leur participation à ces National Games. Des parcours précis sont réalisés, des figures de dressage et des exercices de monte qu’il faudra présenter aux National Games.

Un remarquable engagement

Nous avons profité d’un de leurs entrainements pour poser quelques questions à Anne Martinelli.

Q : Aborder l’équitation, participer à des jeux, ce n’est déjà pas simple pour un individu ordinaire, alors pour des personnes en situation de handicap mental, est-ce que ça n’est pas un peu de la folie ?

Anne Martinelli : C'est clair qu'une telle aventure ne s'improvise pas et ne s'organise pas à la légère. Nos cavaliers ont émis le souhait de participer aux National Games. Du coup la Fondation Cap Loisirs nous a donné les moyens de les accompagner vers ce but, en organisant depuis une année maintenant des entrainements hebdomadaires encadrés par des professionnels issus des milieux équestre et social.  

Q : Pour gérer ces entrainements, vous devez évidemment être une spécialiste de la prise en charge des personnes handicapées, mais il vous faut aussi de solides compétences en équitation ?

A M : En préparant ce concours, nous avons remarqué à quel point il était important de connaître et les chevaux et le domaine du handicap. La collaboration avec Marie Guichard est indispensable. Elle toute seule ne peut s’en sortir, et c’est pareil pour moi. De mon côté, le fait de connaître les chevaux et d’avoir tourné en concours m’est d’une précieuse aide. J’ai vu l’exemple de coachs à qui il manquait l’un des deux aspects et qui éprouvaient beaucoup de difficultés. En unissant nos compétences d’éducatrice spécialisée et d’enseignante en équitation, nous pouvons assurer le mieux possible. De plus J’ai l’opportunité, grâce à l’engagement de Cap Loisirs, de pouvoir suivre Clara et Ruben dans toute l’opération de ces jeux. Ce qui n’est pas forcément le cas d’autres participants.

Q : Le fait que pendant les National Games, les participants se voient attribuer une monture qu’ils ne connaissent pas, n’est-il pas une difficulté supplémentaire pour eux ?

A M : Ils savent depuis le début qu’ils vont devoir changer. Expérience faite, ça se passe très bien. Il n’empêche que je les trouve d’autant plus admirables que pour nous, ce ne serait pas si évident. Ils arrivent à faire l’effort, alors qu’on imagine que ce sont des personnes qui devraient avoir des difficultés d’adaptation. Il faut dire que la plupart sont en institution et ont l’habitude de côtoyer toutes sortes de personnes différentes qui s’occupent d’eux. Ils développent une très grande adaptabilité.

Q : Ces Jeux olympiques des personnes en situation de handicap mental, sont-ils de véritables JO, avec une véritable compétition ?  

A M : Oui et non. Il y a une démarche de «divisioning», où on essaie de mettre les personnes avec les mêmes difficultés dans la même catégorie. Les coachs doivent signaler ce que les athlètes sont capable de faire, et le but est qu’ils arrivent à être proche de leur indice de performance. Ils peuvent donc ne pas réussir. Mais pour eux, c’est une motivation absolument incroyable. Pour Clara et Ruben c’est un moteur très puissant depuis des mois. Ils se réjouissent de participer à ces Jeux et sont tout à la fois très inquiets.
Même si dans le public, ces Jeux sont encore inconnus, dans le milieu des institutions on en parle partout et l’événement prend de plus en plus d’importance. C’est une magnifique émulation. Lors des séjours et des week-end organisés par Cap Loisirs, il est beaucoup question de ces Jeux entre les participants. Là il faut saluer l’organisation et la prise en charge de Cap Loisirs, à un moment où on compte trop sur la bonne volonté des gens et où l’ambiance est plutôt au ras-le-bol dans la plupart des institutions.

Photos: Clara et Ruben, encadrés par Marie Guichard et Anne Martinelli

2018-04-021

2018-04-028

2018-04-029